La Filière Béton dévoile son programme

Libérer du foncier, mettre en œuvre un principe d’allotissement, introduire un critère d’économie circulaire, valoriser les expertises : La Filière Béton, entité nouvelle réunissant les principaux syndicats de la profession, vient de lancer son programme électoral. Ou plutôt ses propositions aux candidats à la présidentielle 2017.

C’est un petit évènement qui vient de se produire dans Landerneau du béton. Après les stands communs sur des rendez-vous comme le Salon des Maires ou Batimat, après le lancement du site d’information produits “By Béton”, la profession franchit un nouveau cap dans le rapprochement de ses différentes composantes. Ainsi, la Fib1, le Sfic2, le SNBPE3, l’Unicem4 et l’UNPG5 font aujourd’hui front commun, réunis sous la même bannière, baptisée “La Filière Béton”. Finalité annoncée : sensibiliser les candidats de la future présidentielle aux attentes de la profession et rappeler tout ce que le béton est en mesure d’offrir. « Nous avons identifié trois enjeux clefs. Ceci, pour permettre d’atteindre des objectifs tant économiques qu’environnementaux et sociétaux », souligne Raoul de Parisot, président de La Filière Béton (et aussi du Sfic). Ainsi, nous sommes désireux d’apporter notre contribution à l’optimisation de l’espace urbain et à la qualité de vie, au renforcement des liens entre les métropoles et les territoires, et à la revalorisation de l’excellence française en matière de construction. »

La nécessité de multiplier les nouveaux logements semble aujourd’hui acquise, en atteignant, dès que possible, le cap officiel des 500 000 livraisons annuelles. Mais ces constructions ne doivent pas se faire n’importe où et avec n’importe quoi. Privilégier des logements collectifs en zone urbaine est partagé aussi bien par les pouvoirs publics que par les citoyens. Les premiers sont conscients des conséquences environnementales qu’engendrent l’étalement urbain et l’usage déraisonné de la voiture. Les seconds aspirent à une proximité du centre-ville, synonyme de services et de confort. « La croissance urbaine en France métropolitaine a été de 23 % au cours des trente dernières années, soit près de 9 millions d’habitants supplémentaires », poursuit Raoul de Parisot.

Pour répondre à ces attentes, de facto collégiales – aussi bien les pouvoirs publics que les acteurs de l’urbanisme, de l’immobilier, des transports, du commerce ou encore du financement sont concernés -, La Filière Béton met sur la table sept propositions concrètes.

Proposition I

“Libérer des espaces, qui permettent une densification intelligente” constitue la première d’entre elles. « Nous voulons inciter les autorités à dégager des réserves foncières, tout en limitant la hausse du coût des terrains », indique Alain Plantier, vice-président de La Filière Béton (et président du SNBPE). Les Etablissements publics fonciers (EPF) pourraient jouer un rôle central, car chargés de “geler” les terrains pour les soustraire à la spéculation immobilière. Une autre piste serait d’analyser et de mobiliser les réserves des grandes entreprises publiques. La Filière Béton estime aussi que le sous-sol doit constituer un sujet de réflexion. « Dans les villes de demain, le sous-sol pourra accueillir des infrastructures où circuleront des véhicules autonomes, favorisant d’autant la fluidité urbaine de surface », poursuit Alain Plantier.

Proposition II

“Favoriser la conception d’ouvrages évolutifs, modulaires et durables” s’inscrit dans l’enjeu d’amélioration de la qualité de vie. Ici, La Filière Béton met en avant la nécessité de construire des logements évolutifs, pour pouvoir transformer les espaces de vie en fonction des besoins. De la même manière, elle parle de mixité d’usages. Un bâtiment peut à la fois abriter un hôtel et des bureaux. Bien entendu, une réflexion doit être menée pour garantir la modularité et la réversibilité des usages. La pérennité des ouvrages est un vecteur essentiel dans cette approche. Le béton sait y répondre, bien au-delà des 50 années de durée de vie exigées par les textes. « Il serait plus logique et cohérant de tabler sur une centaine d’années », rappelle Raoul de Parisot. De là à dire qu’imposer une durée de vie limitée à 50 ans pour un bâtiment en béton est une idiotie, il n’y a qu’un pas !

Proposition III

Derrière la proposition “Favoriser le développement de la nature en ville” se cache l’idée de végétalisation, tant des toitures que des façades. « La nature doit reprendre ses droits en ville, car elle permet de mieux gérer les eaux, les nuisances… », explique Pierre Laplanté, directeur général de Rector, entreprise spécialisée dans la préfabrication. Et de développer : « Le béton permet la végétalisation des espaces horizontaux comme verticaux, du fait de sa capacité à reprendre des charges et des possibilités qu’il offre en matière de gestion efficace des eaux pluviales et des réseaux ». Penser vert quand on pense bâtiment de grande hauteur doit devenir un réflexe et une association systématique. Idem pour les surélévations, par ailleurs synonymes de densification urbaine. D’autre part, mettre en place des dispositifs d’incitations fiscales, directes ou indirectes, pourraient aussi permettre la notion de végétalisation dans les projets.

Proposition IV

La qualité de vie est indissociable de la “Protection des biens et des personnes”. Dans les immeubles de grande hauteur en particulier, il est impératif que les matériaux et les solutions constructives présentent une stabilité au feu garantie la plus longue possible. De par ses caractéristiques intrinsèques, le béton offre cette résistance. Toutefois, les outils d’évaluation actuels reposent sur des protocoles d’essais, qui ne permettent de mesurer que des sollicitations techniques “normées”. C’est-à-dire dans des bâtiments mono-matériaux : exclusivement en acier, en béton, en brique. En l’état actuel de la normalisation, la mixité des matériaux ne peut être prise en compte, ce qui aboutit à des sous-évaluations des vitesses de combustion et à des surévaluations de la stabilité vis-à-vis d’un feu réel. « Nous souhaitons que s’engage une réflexion visant à l’élaboration de nouveaux outils, capables de simuler l’évolution des incendies, insiste Raoul de Parisot. En attendant, nous voulons un moratoire sur les mesures réglementaires actuelles plutôt que leur allègement. »

Proposition V

La particularité de la filière béton est de concentrer ses activités d’extraction (carrières de granulats) en milieu rural, ses unités de production (BPE ou préfabrication) en zones périurbaines, alors que l’essentiel de la consommation est réalisée en ville. Mais toutes ces installations, dont le nombre atteint 4 400 sites, irriguent la totalité du territoire national. Ce maillage dense génère quelque 65 000 emplois locaux directs. Il s’inscrit en toute logique dans un circuit court. Choisir le béton, c’est favoriser l’économie locale et la préservation de l’emploi. Pour continuer à accompagner la croissance durable des zones rurales, La Filière Béton propose “d’introduire dans la commande publique un critère d’économie circulaire”. « Par ce biais, on limite le transport entre lieux d’extraction, de production et de mise en œuvre, donc les émissions de CO2 », détaille Philippe Gruat, vice-président de La Filière Béton (et président de la Fib). La clause d’économie circulaire pourrait être mise en place d’une manière expérimentale pour servir de base à une future généralisation. Elle comporterait un critère de recyclabilité des matériaux et un élargissement de la notion de clause d’insertion des emplois locaux. « Pour permettre cette expérimentation, La Filière Béton souhaite la mise en œuvre du principe d’allotissement sur les marchés publics. Identifier un lot “matériaux” permettrait de valoriser les critères environnementaux, sociaux et qualitatifs de la solution retenue. De plus, l’allotissement est une clef d’accès des PME à la commande publique. » Un aspect essentiel pour la profession, dont 97 % des entreprises sont des PME et dont 70 % emploient moins de dix salariés.

Propositions VI et VII

Les territoires ruraux, sièges de la majeure partie des sites béton ou affilés, sont aussi riches de ressources, telles que les installations agricoles – une évidence – ou les énergies renouvelables. A ces niveaux, La Filière Béton est en mesure d’apporter des solutions techniques. Toutefois, elle incite les pouvoirs publics à mettre en place un plan de soutien pour moderniser, adapter et renouveler les infrastructures agricoles. L’autre axe est de soutenir la production de biomasse et ainsi “favoriser la complémentarité rural-urbain”.

Enfin, il est aujourd’hui important de “valoriser les expertises et les savoirs de la filière construction”. « Il faut remettre la Filière Béton au cœur des choix de la construction, explique Raoul de Parisot. Le béton est un matériau durable, issu d’une recherche dans laquelle la France excelle. » Actualiser le corpus utilisé pour l’enseignement et augmenter les crédits alloués au Centre d’études et de recherche sur les partenariats avec les entreprises et les professionnels (Cerpep) deviennent des priorités. Faire mieux connaître, et en continu, les possibilités offertes par le béton aux ingénieurs territoriaux constitue l’autre action à engager. Enfin, La Filière Béton souhaite que les pouvoirs publics associent les industriels et les syndicats professionnels dans l’élaboration des contenus et des structures de formations initiales ou continues. Après tout, ce sont eux les “sachants”.

 

Frédéric Gluzicki

 

1Fédération de l’industrie du béton.
2
Syndicat français de l’industrie cimentière.
3
Syndicat national du béton prêt à l’emploi.
4
Union nationale des industries de carrières et matériaux de construction.
5
Union nationale des producteurs de granulats.

Publié dans le Béton[s] le Magazine n°69 du 03-2017
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