Trois ponts sinon rien…

Retour sur l’histoire du pont Saint-Michel, au Sud de Toulouse, inauguré une première fois en 1844, avant d’être reconstruit en 1890, puis une nouvelle fois en 1961. Ce pont “aux trois versions” demeure le plus emblématique de la Ville rose.

L’histoire de la construction du pont Saint-Michel, qui enjambe la Garonne, à Toulouse (31), reliant les allées Paul Feuga à la place du Fer à Cheval, est tumultueuse. C’est actuellement le troisième pont de sa génération.

Construit entre 1842 et 1844, le premier ouvrage était un pont suspendu avec des piles en briques et un tablier en métal et bois. Au printemps 1842, la Ville confie la construction et la concession pour 30 ans de l’ouvrage à la société des frères Escarraguel, de Bordeaux (33). Cette première structure est constituée de deux ponts, réunis par un terre-plein central de 60 m. Il est inauguré en 1844. La municipalité reprend possession du pont en 1872, mais elle n’entame pas de travaux, qui consisteraient à renforcer des travées sur le bras inférieur. La fameuse crue de juin  1875 lui est donc fatale : le tablier se disloque et le parapet s’effondre dans le fleuve.

Un 2 e pont tout de métal vêtu.

L’appel d’offres de l’Administration pour sa reconstruction (le second du nom) comprend deux lots. Le premier pour les fondations et les élévations des piles et des culées, ainsi que les terrassements généraux et les maçonneries diverses. Ces fondations (de 6 à 11 m de profondeur) devant être descendues sur des caissons métalliques sous air comprimé. C’est l’entreprise Hersent, de Paris, pionnière pour les fondations à air comprimé, qui remporte le projet.

Le deuxième lot inclut la superstructure métallique (les arches) et est remporté par les Etablissements Lebrun, Daydé & Pillé, de Paris-Creil. Le nouvel ouvrage comprend 5 arches métalliques, avec des tympans ouvragés, en fonte, d’une portée de 60,50 m et une arche en plein cintre en maçonnerie sur la berge de la rive gauche. Plus deux arches de 35 m chacune sur les deux bras de Garonne, rive droite. La largeur totale du pont est alors de 11,20 m. Son coût atteint plus de 2,9 MF (de l’époque). Le pont est réalisé entre juillet 1885 et août 1890.

Du béton précontraint pour le 3e pont.

Mais au fil des ans, le pont devient obsolète. C’est le service de Ponts et Chaussées de la Haute-Garonne, dirigé par l’ingénieur en chef Champsour, qui étudie le projet de sa reconstruction. En 1954, le ministre des Travaux publics confie, par concours, sa conception à l’ingénieur Eugène Freyssinet, le chantre du béton précontraint. Ce dernier utilise alors cette technique innovante pour réaliser un long ruban de 326 m de long pour 5 travées, supporté par des béquilles triangulaires, venant affleurer la surface du fleuve. Ces 5 travées sont séparées par 4 appuis en “V”, dites “cornes de vache”, offrant un débouché hydraulique très important (le spectre de la crue de 1875 avait conduit à éviter le plus possible l’obstruction du lit mineur). Le tablier est formé par 5 autres poutres légèrement cintrées “caissonnées” et précontraintes, soutenant une dalle continue en béton armé. Sa largeur totale est de 26 m. Le béton préconisé par Eugène Freyssinet présente une résistance de 400 kg/cm2 (40 MPa) à 90 j sur cube. L’acier doux est dimensionné avec une contrainte de 13 kg/mm2. L’acier de précontrainte est de classe 125/140 kg/mm2. Ce sont les entreprises Segrette et Travaux de l’Ouest, qui exécutent les travaux. Ce troisième pont est inauguré le 12  février 1961. Il est toujours emprunté par les Toulousains. C’est même aujourd’hui le pont le plus fréquenté de la Ville rose.

Muriel Carbonnet

Publié dans le Béton[s] le Magazine n°69 du 03-2017
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